2 Septembre 2025
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La première poupée Corolle a été créé en 1979 par Catherine et Jacques Réfabert. Cette création, loin d'être une première tentative, est l'aboutissement d'années de travail qui ont fait de la marque Corolle une des plus fleurissantes entreprises françaises, populaire auprès des consommateurs et respectée dans l'industrie du jouet.
Cette expérience précieuse, notamment dans le domaine créatif et de la conception, Catherine Réfabert l'a acquis en travaillant pour d'autres, d'abord chez Clodrey puis aux Etats-Unis pour Fisher Price, et enfin à son compte lorsqu'elle reprends avec son mari en 1975 l'entreprise Anselme, qui devient bientôt Anselme-Corolle puis Corolle S.A..
Clodrey est une entreprise française fondée en 1952 par Claude et Georgette Réfabert, les parents de Jacques et beaux-parents de Catherine. Au début des années 1960, ces derniers rejoignent l'affaire familiale installée depuis 1957 à Langeais. Catherine met notamment ses talents de dessinatrice au service de Georgette, la styliste de Clodrey.
En 1962, elle dessine sa première création : Mick, un poupon d'une trentaine de centimètre adapté aux bras de l'enfant et agréable à câliner grâce à son corps en tissu rembourré, plus agréable que le polyéthylène jugé trop dur pour un poupon. Commercialisé dès 1965 avec comme surnom "le bébé de poche", il connaît un grand succès notamment grâce à son visage malicieux et à sa garde-robe importante, dessinée par Catherine.
Continuant dans cette lancée, Catherine créé, peu après, une grande sœur pour Mick. Nommée Paméla, elle portait notamment une robe blanche en broderie anglaise avec une ceinture en taffetas rouge. Une nouvelle réussite qui lui permet de conforter sa position dans l'entreprise. Le projet la plus avant-gardiste qu'elle participe à imaginer chez Clodrey reste cependant Petit frère, le premier poupon sexué.
Avec la taille et le poids d'un vrai bébé, 53 centimètres pour 1,5 kilos, son anatomie a été voulue, avec le soutien de l'Institut pédagogique de France, la plus correcte possible. Un réalisme facilité grâce aux progrès techniques et l'emploi d'une nouvelle matière, la chlorure de vinyle, encore utilisé aujourd'hui. Ce poupon fit le tour du monde, et bien qu'il suscita des réactions violentes et fut un succès commercial moindre, il marqua profondément l'industrie du jouet.
A la fin des années 1960, Clodrey est très endetté à cause du rappel massif de l'une de ses poupées dit "spectacle". L'entreprise est absorbée en 1971 par La compagnie générale du Jouet (CEJI) et peu après, son fondateur Claude Réfabert en quitte la direction. Catherine et Jacques se retrouvent dès lors à la tête de la filiale du groupe. Malgré de gros désaccord avec la CEJI, qui valorise alors la rentabilité avant la créativité, Catherine parvient à imposer ses idées novatrices sous la forme de la gamme C.R. Club.
Les premières poupées C.R. furent inspirées par un dessin de sa fille Carole, réalisé à sa demande avec pour thème "la poupée de tes rêves". Ces petites filles habillées de robes fleuries avaient de grands yeux noirs, un petit nez en bouton et une bouche à peine esquissée. Leur visage stylisé, simple et doux, contrastaient alors avec le reste des poupées du marché, maquillées et sophistiquées. Les premiers prototypent furent baptisés Chaton et Chiffon. Toutes les poupées de la gamme portèrent ensuite un nom débutant par la lettre C (Célimène, Cannelle...).
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Cette nouvelle création permet à Catherine et à Jacques de commencer à "cultiver leur différence". Le caractère unique de ces poupées C.R. Club était en effet multiple. Leur visage fut sculpté dans un vinyle souple et transparent, plus proche de la vrai peau que le pastique dur et mat alors utilisé dans l'industrie. En plus de cette nouvelle formule de vinyle mise au point spécialement pour l'occasion, les poupées étaient coiffées de perruques en Kanékalon, nouvelle fibre synthétique mise au point au Japon, maintenues grâce à un nouveau type de colle.
Autre particularité, les poupées étaient vendues dans une boite ovale en bois, marquée au fer du logo C.R. Création Catherine Réfabert. Les boites pouvaient être tamponnées du nom du magasin où elles étaient vendues à condition que l'enseigne s'engage à en commander au moins cinquante exemplaires. Enfin, les poupées étaient accompagnées d'une petite étiquette où était résumé la philosophie de leur créatrice.
La gamme, composée de trois poupées et de deux poupons, est présentée pour la première fois à l'hôtel PLM de Saint-Jacques en 1974. Elles connaissent un grand succès auprès de la critique comme du public grâce à leur dimension affective, qui devient progressivement la marque de fabrique des créations de Catherine Réfabert.
Malgré le succès de la gamme C.R. Club, les Catherine et Jacques sont forcés de quitter fin 1974 la CEJI, qui refuse de leur accorder l'autonomie et la liberté artistique dont ils ont besoin. En plus d'être contraints d'abandonner l'affaire familiale, les Réfabert doivent rompre leur contrat, les condamnant à subir une clause de non concurrence d'une durée de trois ans.
Durant cette période, il leur est certes impossible de produire des poupées pour le marché français, mais pas pour le marché international. C'est ainsi que Catherine Réfabert se rend aux Etats-Unis pour mettre ses talents au profits des fabricants américains, qui, pour certains, sont déjà familiers avec son travail.
C'est le cas du directeur commercial de Fisher Price, géant des jouets premier âge, qui s'empresse de l'accueillir dans son bureau où trônent deux poupées C.R. Club. Celui-ci lui propose de créer un poupon destiné aux enfants de 18 à 24 mois, un projet qu'elle accepte immédiatement et qu'elle réalise à l'aide de Jacqueline Thierry, amie et patronnière chez Clodrey, et d'un sculpteur italien Emilio Medina.
Le résultat est un poupon tendre nommée Honey Baby ou Bébé miel, aux cheveux sculptés et au corps en tissu, qui frôla le million d'exemplaire aux Etats-Unis. Malgré le succès de cette poupée, Catherine Réfabert décide de ne pas continuer sa collaboration avec Fisher Price afin de rester proche de sa famille mais aussi de se consacrer à ses projets personnels.
En 1975, Catherine et Jacques rachètent l'entreprise française Anselme, spécialisée dans le déguisement, par l'intermédiaire d'André Diamand, représentant et ami. Ils entreprennent dès lors de moderniser la marque qui, certes réputée pour sa qualité, connaît des difficultés financières. Les collections sont revues et de nouvelles panoplies sont ajoutées (astronautes, explorateurs), toujours avec l'aide de Jacqueline Thierry.
Peu après, la production, d'abord localisée à Clichy, est déplacée à Langeais dans une première puis une seconde usine, à l'aide d'un banquier tourangeau nommé Pierre Richard. Deux anciennes employées quittent Clodrey (en perte de vitesse) et rejoignent Catherine, Anick Joly en tant que secrétaire et Alice Rodriguez en tant que responsable de coupe. Ces efforts font rapidement fructifier Anselme.
Peu après leur installation, l'entreprise fabrique déjà près de 100 000 panoplies par an. La consécration de leur travail acharné survient en 1976 quand le déguisement du général Lafayette remporte l'oscar du jouet, le premier d'une longue série. Une création d'autant plus marquante qu'elle coïncide avec le bicentenaire de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis d'Amérique. Catherine continue d'innover notamment avec le concept de malles au trésor, toujours avec une envie fixe en tête, celle de recommencer à faire des poupées.
Enfin, la clause de non concurrence touche à sa fin. Six mois avant l'échéance, Catherine et Jacques se préparent pour le prochain salon. Conscient qu'investir dans les machines nécessaire pour produire des poupées, même d'occasion, serait trop cher, ils décident d'acheter un modèle créé par un autre fabricant, et de lui apporter la touche Réfabert.
Ils se souviennent du coup de cœur qu'ils ont eu, au cours du salon de Nuremberg 1977, pour First Love, un poupon créé par la société britannique Pedigree. Cette dernière, au fait leur réputation, leur accorde l'exclusivité pour la France. Recoiffé et rhabillé d'une toilette élégante par Catherine, il est commercialisé sous le nom Chérubin.
En parallèle, Catherine dessine une nouvelle ligne de poupée comportant 13 modèles : 10 fillettes et 3 poupées premier âge. Ces poupées sont, dans le même esprit que les C.R. Club, une alternative aux poupées mécanisées qu'elle a voulu "affective, légère et tendre". Leurs visages à nouveau modelés par Emilio Medina, restent stylisés mais sont plus détaillés, leurs robes sont faites en tissu liberty et elles portent des noms gourmands comme Tartine ou Grenadine.
Faute des moyens technique nécessaires, les parties en vinyle des poupées sont fabriquées par Bella, concurrent mais aussi collègue, à partir de moules créés aux USA à l'aide de Mark Schaeffer. Elles sont ensuite habillées par Anselme et présentées au Salon de Nuremberg de 1978 sous l'appellation Les poupées de Catherine Réfabert. Le nom de cette gamme permet à Catherine de réaffirmer qu'elle n'a plus rien à voir avec les poupées C.R. Club (de ses initiales) depuis sont départ précipité de Clodrey, la CEJI continuant de laisser planner le doute.
L'histoire de Corolle débute vraiment avec celle de Bébé Chéri, qui mérite son propre article tant sa conception est émouvante et novatrice. Cette création est un moment charnière qui marque la transition d'Anselme à Corolle, c'est pour le commercialiser et l'exporter que ce nom est choisi par Catherine et Jacques, sur une suggestion de leur fille Carole. Peu avant Noël 1978, les Réfabert cherchent un nom générique pour désigner leur nouvelle poupée, transformable en logo et facile à retenir à l'étranger.
Celle-ci leur déclare d'abord qu'ils n'ont qu'à les appeler "les poupées de Carole". La consonnance plait mais ça ne va pas, trop long, trop français, trop personnel. C'est alors qu'elle leur répondit : "appelez-les Corolle si vous ne voulez pas de Carole". Ce nom gracieux, évoquant les fleurs, est immédiatement adopté et Bébé Chéri est commercialisé sous cette appellation dès 1979, notamment aux Galeries Lafayette.
Toujours pour se distinguer des poupées C.R. Club, le sous-titre Création de Catherine Réfabert est ajouté, faisant par ailleurs écho aux signatures des grands créateurs de monde. Un logo est ensuite créé sur un conseil donné, au Salon de Nuremberg de 1978, par Nancy Villasenor, employée de la société Jesco en charge de l'exportation des créations de Catherine aux Etats-Unis.
Progressivement, d'autres modèles de poupée rejoignent Bébé Chéri et prennent le pas sur les panoplies Anselme, qui atteignent néanmoins la deuxième place sur la marché français du déguisement à la fin de la décennie. Les poupées Corolle obtiennent leur propre catalogue en 1981 et, face à leur notoriété, l'entreprise est finalement renommée Corolle S.A. en 1987. C'est pourquoi, les plus anciennes poupées Corolle sont parfois marquées dans leur nuque du nom Anselme.
La majorité des informations présentées ici proviennent de l'ouvrage Un amour de poupée écrit par Catherine Réfabert, dont je conseille vivement la lecture pour ses nombreuses anecdotes succulentes.